Colonies de vacances et adultisme : la pensée de Korczak
Dans cet articke, on vous propose de réfléchir à la pédagogie en colonies de vacances autrement, à travers les apports de Korczak sur l’adultisme !
L’enfant est une personne à part entière
Pour Korczak, l’enfant n’est pas simplement “un adulte en devenir”, mais une personne humaine présente, avec sa propre valeur, ses droits, ses sentiments. Il critique l’idée que l’enfant soit seulement évalué selon ce qu’il deviendra, car cela conduit à lui refuser d’ores et déjà des droits et un statut réel.
Respect vs domination
L’ adultisme, selon Korczak, naît d’un manque de respect : de la part des adultes, le mépris des capacités de l’enfant, de ses émotions, de son point de vue. Il insiste sur le “droit de l’enfant au respect” comme fondement d’une relation éducative non oppressive.
Critique du modèle imposé
Korczak reproche aux adultes de vouloir appliquer un modèle fini, de “modèle d’adulte” sur l’enfant : cela suppose que l’enfant est moins capable, moins digne d’être entendu, et conduit souvent à des exigences inadaptées, des reproches systématiques, et une incompréhension. C’est l’une des sources de l’adultisme.
La maturité et l’immaturité repensées
Korczak ne conçoit pas l’immaturité comme un handicap moral ou un défaut, mais comme une différence de degré, d’expérience, non de nature. Il refuse l’idée d’une hiérarchie stricte entre adultes et enfants fondée sur l’âge seul. Il observe que sur le plan des sentiments, des émotions, parfois l’enfant peut faire preuve de plus de sincérité, de profondeur qu’un adulte.
Le langage comme outil de domination
Il pointe comment le vocabulaire courant révèle et perpétue l’adultisme : Les mots courants comme ‘morveux’, ‘gamin’ ou ‘pleurnicheur’ révèlent et perpétuent une forme d’adultisme : ils assignent à l’enfant une place inférieure dans le langage et le regard social. Le fait qu’ils soient acceptés socialement contribue à ce que l’enfant “prenne ta place moindre” dans les discours et les regards.
Autonomie, participation, et voix de l’enfant
Korczak met en pratique et théorise le fait de donner à l’enfant une voix : participation dans la vie quotidienne, dans les décisions, dans les règles de la “communauté” de l’orphelinat. Il met ainsi en place le parlement des enfants, le tribunal des enfants et la Gazette des enfants : autant d’espaces où la parole des jeunes a force réelle. Ceci pour contrer l’adultisme qui se manifeste par le silence imposé ou l’absence de prise en compte du point de vue des enfants.
L’éducation comme dialogue et réciprocité
Il ne s’agit pas pour Korczak d’un rapport unilatéral adulte → enfant. Il imagine une éducation où l’adulte aussi apprend de l’enfant, où il change, se corrige, s’ouvre. Ce rapport de réciprocité est essentiel pour éviter que la domination ne soit simplement un pouvoir imposé.
Le droit à l’erreur, le droit d’expérimentation
Dominer l’enfant, c’est aussi lui refuser le droit d’essayer, de se tromper, de tâtonner. Korczak revendique que l’enfant ait le droit à l’erreur, à ne pas être parfait, à ne pas correspondre toujours aux attentes adultes, sans que cela implique honte, rejet ou punition sévère.
Vivre l’enfance dans le présent
Une autre façon pour Korczak de résister à l’adultisme est cette revendication : l’enfant vit ici et maintenant, pas seulement demain. Son existence présente mérite considération ; les adultes ne peuvent pas toujours remettre l’enfant à plus tard, en l’instrumentalisant pour “ce qu’il deviendra”.
La responsabilité de l’adulte
Enfin, Korczak considère que la domination adulte est largement liée à l’ignorance, au manque d’humilité, à la carence d’écoute ou d’empathie. L’adulte a la responsabilité de se former, d’adapter ses attentes, ses paroles, ses gestes, de créer des environnements qui respectent l’enfant plutôt que de le contraindre. L’amour, le soin, l’autorité, s’ils existent, doivent être tempérés par le respect, l’écoute, la participation.

