💛 Faire un don

Canicule : les colonies de vacances doivent-elles changer ?

Ado profitant de la fraicheur pendant une période de canicule

Lorsque nous avons créé Toustes en Colo, nous avions en tête que n le climat deviendrait, en quelques années, un sujet central dans l’organisation des colos. Cette année montre qu’il est temp d’accélérer.

Aujourd’hui, préparer une colonie de vacances, ce n’est plus seulement trouver un beau lieu, imaginer un programme ou recruter une bonne équipe. C’est aussi regarder les cartes de vigilance, suivre les arrêtés préfectoraux, réfléchir à la manière dont un bâtiment se comporte lorsqu’il fait 38 °C dehors, ou se demander si la randonnée prévue mercredi a encore du sens.

L’été 2026 l’a une nouvelle fois rappelé. Dans plusieurs départements, les autorités ont demandé aux organisateurs d’ACM d’adapter leurs activités. Certains territoires ont connu des restrictions importantes, d’autres voient leurs centres de vacances devenir difficilement supportables pendant plusieurs jours d’affilée. Dans certaines régions, les accueils ont été fermés. Ce qui relevait autrefois de l’exception est en train de devenir une donnée de départ.

À notre échelle, cela nous conforte dans des choix que nous faisons depuis plusieurs années.

Le premier est géographique : Nous avons fait le choix d’organiser la majorité de nos séjours dans le Jura. Ce n’est évidemment pas un territoire épargné par les vagues de chaleur, mais il offre encore des nuits plus fraîches, davantage de forêts, des bâtiments souvent mieux adaptés et des températures qui restent, la plupart du temps, plus supportables que dans d’autres régions françaises.

Ce choix n’est pas seulement une question de confort. C’est aussi une manière d’anticiper. Nous aurions pu développer des séjours dans des secteurs où la demande est plus forte (la plage, c’est vendeur !), y compris dans des territoires qui connaissent désormais plusieurs semaines de chaleur extrême chaque été. Nous avons préféré faire un autre pari : celui de proposer des vacances là où il reste possible de vivre dehors, de dormir correctement et de profiter de la nature sans dépendre en permanence de la climatisation.

Cela ne fait pas de nous un organisateur « vertueux ». Nous continuons à transporter des centaines de jeunes chaque année et nous savons que notre activité a un impact environnemental. Mais, chaque fois que nous avons une marge de manœuvre, nous essayons de faire des choix cohérents avec le monde qui vient, plutôt qu’avec celui d’hier.

Cette adaptation passe aussi par notre manière de concevoir les séjours.

Chez nous, un planning n’est jamais gravé dans le marbre. S’il fait trop chaud pour maintenir une activité, nous la changeons. Sans hésiter.

La semaine dernière, par exemple, l’une de nos équipes a décidé de remplacer un après-midi initialement prévu à l’extérieur par une séance de cinéma pendant les heures les plus chaudes. Les jeunes étaient ravis, les animateur·ices aussi, et personne n’a eu l’impression d’avoir vécu une colonie « au rabais ». C’est même tout l’inverse : savoir adapter un séjour à la réalité du terrain fait partie, selon nous, du métier.

Cela suppose aussi d’accepter que certaines journées ne ressemblent plus à celles que nous avons connues enfants. Une activité sportive pourra être déplacée à 8 heures du matin. Les volets resteront fermés toute la journée. Les fenêtres ne seront ouvertes qu’au lever du jour et une partie de l’après-midi pourra être consacrée à des activités calmes ou simplement… à récupérer. Car les temps vides, de repos, d’ennuie presque, vont devenir un enjeu de santé.

L’autre sujet, plus discret mais sans doute encore plus important, est celui de la formation.

Ces dernières semaines, nous avons vu passer des images d’activités physiques maintenues sous de très fortes chaleurs ou entendu parler de feux de camp organisés malgré un risque incendie particulièrement élevé. Sans connaître précisément le contexte de chacune de ces situations, elles nous interrogent.

Sommes-nous en train de former les animateur·ices aux risques climatiques comme nous les formons à connaitre un catalogue de contine ou une armée d’activités manuelles ?

Pour nous, cette réponse doit être oui.

C’est pourquoi nous avons intégré ces questions à nos formations BAFA. Comprendre les effets de la chaleur, savoir reconnaître un coup de chaleur, connaître les restrictions préfectorales, accepter de renoncer à une activité, modifier un programme au dernier moment ou réorganiser complètement une journée : ces compétences deviennent progressivement des compétences professionnelles à part entière.

Nous pensons d’ailleurs que cette réflexion dépasse largement notre association.

Comment les organismes de formation abordent-ils ces questions ? Les recommandations des préfectures arrivent-elles réellement jusqu’aux équipes de terrain ? Les directions disposent-elles de suffisamment de liberté pour adapter leurs programmes sans craindre d’être jugées parce qu’elles n’ont pas « fait tout ce qui était prévu » ?

Le changement climatique ne transformera pas seulement les paysages dans lesquels partiront les enfants.

Il transformera aussi notre manière d’organiser les colonies de vacances.

Plutôt que d’attendre que chaque nouvel été nous y contraigne un peu plus, nous préférons commencer à nous adapter dès maintenant. Mais nous ne pourrons changer que si les autres organismes s’emparent aussi du sujet.

 

Des jeunes sur un pédalo lors d'une journée chaude mais pas de canicule

You may also like...