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Rythme en colo : Pourquoi la journée type mérite d’être questionnée ?

Ados devant un couché de soleil en colo - un rythme qui leur convient

Lorsqu’on parle de rythme en colonie de vacances, les discussions portent souvent sur les horaires de coucher, les temps calmes ou la fatigue des enfants. Tandis que de l’autre, les organismes organisateurs parlent de planning d’activité, de journée type et de garanties catalogues. 

Dans un cas comme dans l’autre, la question la plus fondamentale n’est pas traitée :

Qui décide du temps des enfants pendant leurs vacances ?

Avant même de parler de sommeil ou d’activités, il faut regarder comment les journées sont construites.

Et lorsqu’on observe la journée type d’une colonie de vacances classique, une chose saute aux yeux : les moments où les jeunes peuvent réellement décider de ce qu’ils font de leur temps sont souvent extrêmement réduits.

Une journée de vacances où l'on choisit très peu

Prenons une journée type.

Réveil. Petit-déjeuner.  Activité du matin. Pause. Deuxième activité du matin. Repas. Temps calme. Activité de l’après-midi. Goûter. Douche. Diner. Veillée. Coucher.

On s’est tellement habitué·e à celle-ci qu’on en vient à la trouver cohérente.

Pourtant, regardons où se trouvent réellement les espaces de liberté. Un temps calme puis un temps libre après le goûter. Ce second créneau doit également accueillir les douches, le rangement de la chambre, les appels à la famille, les différents impératifs de la vie collective, la préparation de la soirée et tous les petits besoins du quotidien.

Au fond, les jeunes disposent parfois de moins d’une heure ou deux réellement libres sur l’ensemble d’une journée de vacances.

Maintenant, imaginez des vacances organisées ainsi pour des adultes. Imaginez une semaine entière durant laquelle quelqu’un vous indique quand vous lever, quand manger, quand participer à une activité, quand vous laver, quand vous coucher. Imaginez n’avoir qu’un ou deux petits créneaux par jour pour lire, dessiner, discuter, bricoler, marcher seul·e, rêvasser ou simplement ne rien faire. Combien de temps accepteriez-vous cela avant de trouver la situation absurde ?

Pourquoi cette question paraît-elle si naturelle lorsqu’il s’agit des enfants ?

Voir aussi : Les travaux de Jean Houssaye sur le modèle colonial

 

Des vacances qui ressemblent parfois davantage à l'école qu'aux vacances

On entend souvent que les colonies de vacances sont différentes de l’école. C’est vrai : Le contenu n’est pas le même.

Mais lorsqu’on regarde l’organisation du temps, la frontière devient parfois plus floue.

Réveil collectif. Déplacements collectifs. Activités prescrites. Horaires fixes. Séquences qui s’enchaînent. Regroupements permanents.

Au fond, ce qui change principalement, c’est le contenu. Mais la structure reste souvent très proche.

Et parfois, même cette différence mérite d’être interrogée. Prenons un exemple simple :

Quelle est la différence entre un cours d’informatique et un atelier d’informatique ? Entre un cours de théâtre et un atelier théâtre ? Entre un cours de sciences et une activité scientifique ? Bien sûr, l’ambiance est différente.

Mais lorsque l’objectif reste de produire un effort similaire, de transmettre les mêmes savoirs ou d’obtenir les mêmes résultats, ne sommes-nous pas parfois simplement face à une version plus agréable, plus ludique, plus acceptable de la même chose ?

Jean Houssaye a largement travaillé cette question en montrant comment les centres de loisirs et les colonies de vacances sont prisonniers de la forme scolaire.

Les enfants quittent l’école. Mais l’organisation du temps continue souvent à lui ressembler.

Des jeunes ados profitent de colonies de vacances à leur rythme

Une densité que nous n'accepterions pas pour nous-mêmes

Le problème n’est pas seulement celui de l’organisation mais aussi celui de la densité.

Dans de nombreuses colonies, les journées commencent tôt et finissent tard. Les activités s’enchaînent et les sollicitations sont constantes. Les espaces de retrait sont rares. À l’école, au moins, l’enfant rentre chez lui et a le droit à un peu d’intinimité.

En colonie, cette possibilité est beaucoup plus limitée.

Nous demandons parfois à des enfants de vivre plusieurs jours d’affilée avec un niveau d’intensité que beaucoup d’adultes auraient du mal à supporter.

Puis nous nous étonnons qu’iels soient fatigués, irritables ou qu’iels aient besoin de s’isoler.

Dix minutes pour déplacer un régiment

Il existe un autre aspect dont on parle peu : les interstices. Ces fameux moments de flexibilité censés permettre aux journées de respirer.

Sur la journée type, on prévoit 10 à 30mn de battement entre deux temps d’activité.

Sur un séjour de 80 personnes, cela signifie :

terminer l’activité, ranger le matériel, retrouver les personnes dispersées, gérer les passages aux toilettes, répondre aux questions, accompagner les conflits, retraverser le centre, lancer l’activité suivante.

À ce stade, il ne s’agit plus d’accompagner des personnes. Il s’agit de déplacer un groupe. Ou, pour être plus honnête et reprendre les mots de Marion Perrin, un troupeau.

Le même phénomène apparaît lorsqu’un repas doit être pris en une heure. Lorsqu’un réveil, un petit-déjeuner, un habillage et un brossage de dents doivent tenir dans trente minutes. Lorsqu’une douche doit être casée entre deux temps collectifs. Moins il y a de temps, plus il faut contrôler. Moins il y a de marge, plus il faut donner d’instructions.

Le contrôle devient une conséquence directe de l’organisation.

Jeunes libres de leur rythme en colo

Pourquoi les activités sportives sont-elles toujours à 15h ?

Il existe également une étrange constante dans beaucoup de colonies de vacances. L’activité sportive ou de plein air se retrouve souvent l’après-midi.

Comme si les jeunes devaient nécessairement se dépenser à ce moment-là. Mais d’où vient cette certitude ?

Qui a décidé qu’un enfant avait besoin de courir à 15h plutôt qu’à 9h ? Et surtout : pourquoi choisir précisément le moment où il fait le plus chaud ?

Car contrairement à une idée reçue, en été, il fait généralement plus chaud à 15h qu’à midi. Nous avons donc construit un modèle où l’activité physique est fréquemment programmée au pire moment de la journée pour la pratiquer.

Tout cela au nom d’une évidence qui n’en est peut-être pas une.

La météo n'existe pas dans la journée type

Le plus surprenant reste peut-être notre rapport aux saisons.

Prenons un exemple concret.

En juin 2026, plusieurs épisodes caniculaires ont conduit à des températures ressenties dépassant largement les 35 ou 40 degrés dans certaines régions françaises. À 21h, il pouvait encore faire une chaleur écrasante.

Et pourtant, de nombreuses colonies continuaient à prévoir des couchers à des horaires identiques. Qui peut réellement s’endormir lorsqu’il fait encore 35 ou 40 degrés ?

Pourquoi considérer qu’un coucher à 21h est une vérité éducative indépendante du contexte ? Dans de nombreuses régions du monde confrontées à la chaleur, les rythmes quotidiens s’adaptent.

Les activités ralentissent au milieu de la journée. Les soirées s’allongent. Les heures fraîches sont valorisées.

À l’inverse, lorsque la nuit tombe tôt en hiver, les rythmes se modifient également.

Pourquoi les colonies de vacances devraient-elles fonctionner comme si le climat n’existait pas ?

Rythme doux en colonie de vacances

Une histoire qui ressemble parfois à celle des institutions disciplinaires

Cette organisation ne vient pas de nulle part.

Les colonies de vacances sont nées dans un contexte marqué par l’hygiénisme, l’encadrement moral de la jeunesse, l’éducation populaire, les institutions religieuses et parfois certains héritages militaires.

Le lever collectif. Les rassemblements. Les déplacements coordonnés. Les emplois du temps détaillés. Les appels. Les rangs. Les groupes homogènes.

Tout cela possède une histoire.

Michel Foucault, dans Surveiller et punir, décrit comment les institutions disciplinaires organisent les corps à travers le temps.

On découpe la journée. On attribue une fonction à chaque moment. On réduit les espaces d’indétermination. On rend les comportements plus prévisibles. Plus administrables. Plus contrôlables.

Il faut reconnaître que certaines logiques organisationnelles héritées de ces institutions continuent d’influencer notre manière de penser les vacances.

Et si les vacances ressemblaient davantage à des vacances ?

Chez Toustes en Colo, nous avons choisi d’explorer une autre voie.

Mais parce que nous pensons que le rythme en colonie de vacances mérite d’être pensé à partir des besoins réels des personnes présentes. Concrètement, les levers et les couchers sont libres.

Les activités ne reposent pas sur l’obligation de faire la même chose au même moment. Les temps sont volontairement étirés. Les rythmes peuvent cohabiter.

Une personne peut dormir jusqu’à midi et une autre partir marcher au lever du soleil. Une troisième passer sa matinée dans la ludothèque. Une quatrième continuer un projet artistique commencé plusieurs jours auparavant.

Aucun de ces choix n’est considéré comme plus légitime qu’un autre. L’attention individuelle prévaut sur la gestion du groupe.

Rythme de colo enfant

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