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Retour de colo : comment accompagner l’après-séjour ?

Enfants en colonie de vacances

Le retour à la maison. Des dizaines de guides expliquent aux parents comment préparer la valise, comment rassurer un enfant qui part pour la première fois, comment choisir la bonne colonie. Presque aucun ne s’attarde sur ce qui se passe après. Et pourtant, la fin de séjour est loin d’être un « non sujet ». 

Chez Toustes en Colo, nous pensons que ce temps mérite autant d’attention que le départ. On vous en dit plus.

Un moment aussi déterminant que le départ, mais invisible

Les articles se multiplient : comment rassurer un enfant qui part pour la première fois, comment gérer le mal du pays les premiers jours. Mais quid de la séparation inverse ? Celle d’avec le groupe, les animateurices, les rituels, la liberté conquise pendant plusieurs semaines ?

Pourtant, pour beaucoup de jeunes, le retour est un moment aussi chargé émotionnellement que le départ. Iels quittent un collectif dans lequel iels ont parfois vécu des relations plus intenses, plus libres, ou simplement différentes de celles du quotidien. Iels retrouvent une maison, une chambre, et bientôt l’école. Ce basculement n’a rien d’anodin.

Le "blues du retour"

Le nom suggère la légèreté, il n’en est rien : tristesse diffuse,  fatigue, irritabilité, voire de mutisme, dans les jours qui suivent un séjour marquant, sont de vraies émotions.

Ce phénomène n’est pas propre aux colos. Les chercheur·euses qui travaillent sur le tourisme et la mobilité décrivent depuis longtemps un « choc du retour » chez les adultes qui reviennent d’un séjour intense ou d’un long temps de rupture : le sentiment que le quotidien, une fois retrouvé, paraît fade en comparaison de ce qui vient d’être vécu. Chez les jeunes, ce choc se double souvent d’un empêchement supplémentaire : iel n’a pas toujours les mots, ni l’autorisation implicite, pour nommer ce qu’iel ressent.

On attend des jeunes qu’iels soient content·es d’être rentré·es.  Il y a peu de place pour dire que la colo manque déjà ou que l’on redoute le retour à la vie de tous les jours.

Un retour parfois plus rude qu'il n'y paraît

Le contraste des rythmes. Nous l’écrivions dans un précédent article sur le rythme en colo : nous cherchons à proposer des journées où les jeunes contruisent leur quotidien : activités, temps de repos. Ce degré de liberté, une fois expérimenté, rend d’autant plus sensible le retour à un cadre plus contraint – en particulier à l’approche du retour à la scolarité.

Le deuil d’un collectif. Partir de la colo, c’est aussi laisser derrière soi des amitiés auxuqelles on tient et qui grandissent d’année en année. Comme toute rupture relationnelle, cela ne peut être neutre

L’absence de sas. Le trajet retour, souvent en car ou en train, dure parfois plusieurs heures : c’est très court pour digérer ce qui vient de se passer. A peine arrivé.es à la gare qu’on nous demande d’être « à la maison ».

La reprise imminente. Mi-août, le retour de colo se télescope souvent avec l’approche de la rentrée. Les jeunes n’ont parfois pas le temps de simplement revenir, qu’on lui parle déjà de fournitures scolaires et de nouvel emploi du temps.

Bien sur, nous parlons ici de situations où la maison et l’école seraient des lieux sécurisés. Ce n’est pas le cas pour toustes les jeunes et le retour à la maison, pour une partie d’elles et eux, peut être synonyme de retour de violences, de harcèlement, de difficultés. C’est pourquoi les équipes doivent également être vigilantes aux éventuelles faisceaux d’indice qui trahiraient d’une situation.

"Alors, c'était bien ?"

Question classique du retour de séjour, qui part d’une bonne intention… Mais reste une question fermée ! 

Et puis, les jeunes n’ont pas forcément envie de tout raconter tout de suite… ou de tout raconter du tout. C’est important d’accepter que chaque jeune a son rythme, même lorsqu’il s’agit de raconter ses vacances.

Sur le chemin retour de la colo

Ce que nous essayons de mettre en place côté colo

Chez Toustes en Colo, nous pensons que ce moment se prépare aussi de notre côté, avant même le convoi retour.

On parle de la fin de colo assez tôt dans le séjour : cela permet d’accompagner petit à petit au fait que, oui, il va falloir rentrer.

Nous rangeons avec les jeunes, afin de commencer à préparer la fin et le retour. On refait les malles, on nettoie le centre, on remet tout en place « comme avant la colo ».

On ne sur-anime pas la fin de séjour : on laisse des temps vides pour être ensemble ou discuter plutôt que de plier bagage entre deux activités.

On demande aux jeunes d’évaluer leur séjour. C’est aussi un moyen de ritualiser cette « fin ».

Nous refusons toute vidéo « tire larme » ou rétrospective : pour certaines jeunes, le retour est déjà synonyme de beaucoup de choses pour qu’on rajoute une stimulation émotionnelle supplémentaire.

On transmet aux familles des éléments concrets, plutôt que des généralités – pour que celles-ci puissent, au besoin, accompagner la suite.

Nous arrêtons de répandre le mythe qu’un « séjour réussi doit être un séjour où les jeunes pleurent à la fin ». Au contraire, ce sont des symptômes d’un épuisement ou d’une rupture mal accompagnée. Il arrive bien sûr que certaines séparations soient difficile, mais on arrête de croire que la qualité d’un séjour se mesure à la quantité de larmes versées sur le quai de gare.

Et surtout, nous rappelons à nos équipes que la fin d’un séjour fait partie du séjour, avec la même exigence de sécurité affective que le premier jour.

Ce que les familles peuvent faire, de leur côté

Nos recommandations s’inscrivent dans la suite de notre philosophie : laisser au jeune la place de choisir son rythme et non lui imposer le notre : 

Ne pas les bombarder des questions. Iels auront loisir de partager quand iels auront envie. 

Accepter un silence ou à l’inverse, un partage massif : les deux sont valider.

Eviter toute comparaison avec l’école, même si elle approche. Chaque chose en son temps.

Accompagner la récupération : collectif, sollicitations, etc peuvent être prenants et certaines personnes auront besoin de quelques jour pour se remettre d’un séjour. Ce ne sont pas les signes de quoi que ce soit. 

Accompagner le maintien du contact avec les autres jeunes du séjour si c’est demandé : bavarder par message ou s’envoyer quelques photos peuvent aussi aider à rendre la rupture plus douce. 

Et si le retour faisait partie du séjour ?

Penser le retour comme un simple trajet logistique, c’est passer à côté de ce qu’il représente réellement pour beaucoup d’enfants et d’adolescent·es : la fin d’une parenthèse où iels ont pu, souvent, expérimenter un peu plus d’autonomie, un peu plus de liberté de choix, un peu plus qui iels sont.

Ciel étoilé sur un retour de séjour

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