« Mon enfant a un TDAH, est-ce que cela va poser problème en colonie de vacances ? »
C’est une question que nous recevons régulièrement. Et nous comprenons pourquoi.
De nombreuses familles ont déjà vécu des remarques à l’école, dans les activités extrascolaires ou dans d’autres espaces collectifs.
« Il bouge trop. »
« Elle ne tient pas en place. »
« Il n’écoute pas. »
« Elle oublie tout. »
« Il perturbe le groupe. »
À force d’entendre ces remarques, il est normal de se demander si une colonie de vacances sera réellement capable d’accueillir son enfant dans de bonnes conditions.
La réponse courte est simple :
Oui.
Depuis des années, nous accueillons régulièrement des jeunes concerné·es par un TDAH sans que cela ne constitue un problème particulier.
Mais pour comprendre pourquoi, il faut peut-être commencer par rappeler ce qu’est réellement un TDAH.
Le TDAH, c'est quoi exactement ?
Pour des raisons d’efficacité de l’article, nous sommes obligé·es de faire court ici, mais de nombreuses ressources existent pour creuser le sujet ! N’hésitez pas à aller du côté de TDAH France, de l‘HAS et encore vers des collectifs de personnes concerné·es pour en savoir plus sur le TDAH et ses enjeux !
Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble du neurodéveloppement défini dans le DSM 5.
Concrètement, il peut se traduire par des difficultés d’attention, d’organisation ou de gestion des impulsions. Un TDAH peut être avec ou sans hyperactivité.
Contrairement à certaines idées reçues, le TDAH ne signifie pas qu’une personne ne peut pas se concentrer/ Beaucoup de personnes concernées sont capables de passer plusieurs heures sur une activité qui les passionne. Le problème est plutôt la régulation de l’attention : pouvoir choisir sur quoi elle se porte et la maintenir lorsque cela est nécessaire.
Comme tous les troubles du neurodéveloppement, le TDAH est extrêmement variable d’une personne à l’autre.
Il n’existe donc pas un profil type d’enfant TDAH.
Le TDAH pose souvent davantage de difficultés à l'école qu'en vacances
Ce constat revient fréquemment dans les témoignages des familles.
Pourquoi ?
Parce que les environnements scolaires demandent précisément les compétences qui sont souvent les plus coûteuses pour les personnes concernées :
- rester assis longtemps ;
- maintenir son attention sur une tâche imposée ;
- suivre des consignes nombreuses ;
- attendre son tour ;
- rester dans le même espace pendant plusieurs heures ;
- interrompre ses propres élans pour suivre le rythme collectif.
Ce n’est pas un hasard si de nombreux enfants TDAH semblent beaucoup plus à l’aise en dehors de l’école.
Lorsque le cadre devient plus souple, une partie des difficultés disparaît ou diminue fortement.
Pourquoi le fonctionnement de Toustes en Colo convient souvent bien aux jeunes TDAH
Nous avons déjà largement expliqué dans nos articles consacrés à la critique du modèle colonial qui reproduit le fonctionnement de l’école en colonie de vacances que nous ne construisons pas nos séjours sur le modèle de la classe
Et cela change énormément de choses. Chez nous, les jeunes ne sont pas tenus de rester plusieurs heures dans une activité qui ne leur convient plus. Il est possible de changer d’activité ou de papillonner.
Cette liberté est souvent précieuse pour les personnes concernées par un TDAH.
Là où certains cadres interprètent ce besoin de mouvement comme un problème, nous le considérons simplement comme une manière légitime de fonctionner.
Faire plusieurs choses à la fois : ce n'est pas un soucis
Certaines personnes TDAH aiment occuper leurs mains pendant qu’elles écoutent. Tricoter pendant une partie de jeu de rôle ou dessiner pendant une discussion.
Dans certains contextes, ces comportements sont découragés ou mal vus, alors qu’ils constituent souvent de véritables stratégies de régulation attentionnelle.
Mais les idées reçues ont la peau dure, et certaines équipes préfèrent mettre un enfant en difficulté plutôt que de se dire que oui, peut être qu’à la fin du séjour il y aura quelques crochets égarés par ci par là.
Sur nos séjours, il est tout à fait courant de voir des jeunes participer à une activité tout en réalisant autre chose en parallèle.
(Pas que les enfants d’ailleurs, qui a déjà vu Mélina pas en train d’occuper ses mains en continu ?)
Cela ne nuit ni à la personne concernée ni aux autres, pourquoi donc l’interdire ?
Les équipes connaissent les enjeux liés au TDAH
Nos équipes sont régulièrement sensibilisées aux troubles du neurodéveloppement (voir ont une expertise personnelle sur le sujet en addition).
Cela apporte une compréhension concrète de certaines situations : les difficultés d’organisation, les oublis, la fatigue liée aux sollicitations permanentes, la surcharge sensorielle, les difficultés relationnelles parfois associées au TDAH.
Toutes ces réalités sont connues de nos équipes.
Ritaline, méthylphénidate et colonies de vacances
C’est souvent l’une des inquiétudes des familles.
Contrairement à certains organismes, nous ne considérons pas qu’un traitement par méthylphénidate doit nécessairement être maintenu pendant les vacances. C’est à chaque personne de discuter avec son équipe médicale et de prendre sa décision. Hors de question de conditionner l’accueil d’un·e jeune à la prise de ritaline !
Certaines personnes choisissent de poursuivre le traitement et d’autres préfèrent faire une pause.
Ces choix relèvent de discussions entre les familles et les professionnel·les de santé qui suivent l’enfant.
En revanche, lorsque le traitement est prescrit pendant le séjour, nous devons respecter les documents médicaux fournis, et les ordonnances sécurisées laissent souvent peu de marge d’interprétation aux équipes.
C’est pourquoi nous recommandons fréquemment aux familles qui adaptent habituellement les prises pendant les vacances d’anticiper avec leur médecin.
Un certificat médical complémentaire précisant les modalités réelles d’administration (« si besoin », « sur demande », « uniquement dans certaines situations », etc.) facilite grandement les choses.
N’hésitez pas non plus à nous signaler les éventuels effets secondaires connus.
Par exemple, certaines personnes sous méthylphénidate présentent une diminution importante de l’appétit.
Dans ce cas, nous pouvons être particulièrement attentif·ves au petit-déjeuner afin de nous assurer que les apports alimentaires restent suffisants.
Un environnement pensé pour limiter les surcharges sensorielles
Le bruit, l’agitation ou la multiplicité des stimulations peuvent être difficiles à vivre pour certaines personnes concernées par un TDAH.
C’est pourquoi nous autorisons évidemment l’utilisation de casques antibruit lorsque cela est utile., et que nous en avons également à disposition sur nos séjours.
L’objectif n’est pas que les jeunes supportent coûte que coûte un environnement inconfortable mais plutôt qu’ils puissent disposer des outils dont ils ont besoin.
Répéter les informations importantes
Certaines consignes peuvent être oubliées: c’est parfaitement normal.
C’est pourquoi les informations importantes ne reposent jamais sur un seul canal de communication.
Les consignes sont généralement transmises :
- oralement ;
- par écrit ;
- via des affichages ;
- et régulièrement rappelées.
Lorsqu’une randonnée est prévue, par exemple, les équipes accompagnent également les jeunes dans les vérifications nécessaires afin d’éviter qu’une gourde, un vêtement de pluie ou un autre élément important ne soit oublié.
Les vêtements, les oublis et l'organisation
Un conseil simple facilite énormément la vie de tout le monde : étiqueter les vêtements.
Cela nous permet de retrouver beaucoup plus facilement les affaires oubliées et de les remettre dans la bonne valise.
Les objets perdus restant sur les centres, les oublis peuvent également être récupérés d’une colo à l’autre au besoin.
Les troubles associés sont également pris en compte
Le TDAH s’accompagne fréquemment d’autres particularités : énurésie, troubles dys, difficultés de sommeil, etc
Nos séjours sont pensés pour accueillir ces réalités.
Par exemple : les jeunes énurétiques sont accueillis sans difficulté particulière, les supports écrits utilisent des polices adaptées à la dyslexie lorsque cela est pertinent et l’accessibilité matérielle est pensée autant que possible pour les personnes concernées par une dyspraxie.
La possibilité de se reposer à tout moment constitue également un véritable atout pour l’inclusion de toustes.
Enfin, nos équipes sont sensibilisées aux enjeux de santé mentale et nous déployons actuellement une formation massive aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM).
Le problème n'est souvent pas le TDAH, mais le cadre
Au fond, notre constat est assez simple : lorsque les colonies reproduisent un fonctionnement très proche de celui de l’école, elles reproduisent souvent les mêmes difficultés. Les mêmes contraintes. Les mêmes attentes. Les mêmes tensions. Et parfois les mêmes besoins de contrôle.
Ce n’est probablement pas un hasard si certains organismes se sentent en difficulté avec les jeunes TDAH ou imposent systématiquement le maintien des traitements pendant les vacances.
À l’inverse, lorsqu’un séjour laisse davantage de place aux rythmes individuels, aux choix, aux mouvements et aux différentes manières de participer, une grande partie de ces difficultés cesse d’être un sujet.
Depuis des années, nous accueillons de nombreuses personnes concernées par un TDAH.
Cce n’est pas leur diagnostic qui détermine leur expérience de la colo mais la manière dont le cadre est pensé.
Vous avez des questions ?
Chaque personne concernée par un TDAH est différente. Si vous souhaitez discuter d’un traitement, d’un PAI, d’une situation particulière ou simplement vérifier qu’un séjour conviendra à votre enfant, n’hésitez pas à nous contacter. Nous préférons toujours prendre le temps d’échanger en amont plutôt que de laisser les familles seules avec leurs interrogations.

