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Lutte contre les violences sexistes et sexuelles : Notre approche

groupe d'enfant en colo en hiver

La lutte contre les violences sexistes et sexuelles n’est pas un sujet que notre association aurait découvert récemment. Elle est au contraire intimement liée aux raisons mêmes de notre création.

Toustes en Colo est née d’un constat simple : les colonies de vacances ne permettent pas toujours à tous les enfants et adolescent·es de vivre pleinement leur séjour. Les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, à l’origine sociale, au handicap ou encore à l’apparence physique produisent des inégalités réelles dans l’accès aux loisirs collectifs.

Dès nos premiers séjours, nous avons donc travaillé à construire des espaces plus inclusifs, plus sûrs et plus émancipateurs. Cette réflexion nous a naturellement conduits à nous intéresser à l’ensemble des mécanismes qui rendent possibles les violences, et notamment les violences sexistes et sexuelles.

À travers nos publications, nos interventions et nos formations, nous défendons depuis plusieurs années l’idée que la protection des enfants ne peut pas se limiter à la lutte contre la pédocriminalité. Celle-ci est évidemment indispensable, mais elle ne couvre qu’une partie des violences auxquelles les jeunes peuvent être confronté·es.

Les violences sexistes, les agressions sexuelles entre mineur·es, les phénomènes d’emprise, le harcèlement, les humiliations liées au genre ou à la sexualité, les violences commises entre adultes au sein des équipes ou encore les violences institutionnelles doivent également être prises en compte.

Cette conviction nous a conduits à défendre, notamment lors de l’émergence du mouvement #MeTooAnimation, la nécessité d’une réponse structurelle plutôt qu’une succession de mesures ponctuelles.

Une exigence incontournable : écarter les personnes interdites d'encadrement

Toute personne susceptible d’intervenir sur nos séjours fait l’objet des vérifications réglementaires prévues par la loi.

Cette exigence concerne les équipes d’animation, les directions, les équipes de cuisine, les intervenant·es extérieur·es, les prestataires ainsi que toute personne pouvant être amenée à être en contact avec les jeunes accueilli·es.

Nous savons que la plupart des organismes se contente de vérifier les casiers des équipes d’animation uniquement, mais nous pensons qu’il faut appliquer cette démarche à toutes les personnes présentes sur un séjour.

Cette étape constitue un prérequis indispensable.

Mais nous savons également qu’elle est insuffisante.

Aucune consultation de fichier ne permet à elle seule de prévenir l’ensemble des violences sexistes et sexuelles. Une politique de protection efficace nécessite d’agir bien au-delà de cette seule vérification administrative.

C’est pourquoi nous développons notre stratégie autour de trois niveaux complémentaires de prévention.

Prévention secondaire : former pour reconnaître et agir

La prévention secondaire consiste à permettre aux équipes d’identifier les situations de violence, de les qualifier correctement et d’y répondre de manière adaptée.

Toutes nos équipes sont donc régulièrement formées à ces enjeux.

Avant les séjours, nous organisons plusieurs modules de formation spécifiquement consacrés aux violences sexistes et sexuelles, représentant jusqu’à douze heures de formation dédiées.

Nous encourageons également les formations externes afin de renforcer les compétences de chacun·e. L’ensemble de nos équipes de direction a notamment suivi la formation proposée par Nous Toutes. Un budget individuel de formation permet également aux salarié·es et bénévoles de participer à des formations spécialisées, comme les trois journées consacrées à la protection de l’enfance organisées par l’association Plan B.

Pendant les séjours, des temps de formation continue prennent la forme de cafés pédagogiques permettant de revenir sur des situations concrètes et de consolider les connaissances des équipes.

Lors de nos séminaires annuels, au moins une demi-journée est systématiquement consacrée à ces questions.

Nos référent·es VSS participent également depuis plusieurs années aux rencontres interassociatives consacrées à ces sujets, auxquelles notre association contribuera prochainement en tant qu’organisatrice.

Cette expertise est aujourd’hui reconnue par de nombreux acteurs du secteur puisque nous intervenons régulièrement auprès d’organismes tels que l’UCPA, Telligo, Toutazimut, la CCAS, La Camillienne, l’AROEVEN, La Ligue de l’Enseignement ou encore les SDJES.

Nous avons notamment accompagné le SDJES d’Île-de-France dans sa réflexion autour de l’intégration des questions de violences sexistes et sexuelles au sein des formations BAFA, sujet que nous avons par ailleurs intégré systématiquement dans l’ensemble de nos propres formations.

Former ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances. Former, c’est aussi développer une culture professionnelle capable d’identifier les comportements problématiques avant qu’ils ne produisent des violences.

Des anim' en formation sur une formation de l'organisme de colonies de vacances Toustes en Colo. La formation porte sur les violences sexistes et sexuelles

Prévention tertiaire : permettre aux victimes d'être entendues et accompagnées

La prévention tertiaire vise à garantir que les victimes puissent être reconnues, écoutées et accompagnées.

Sur chacun de nos séjours, les jeunes disposent d’informations claires concernant les ressources mobilisables en cas de difficulté.

Une cellule VSS externe à l’association peut être saisie à tout moment.

Nous collaborons également avec l’association En Avant Toute(s) afin que les jeunes puissent bénéficier d’un accompagnement spécialisé lorsqu’ils ou elles souhaitent échanger sur une situation de violence, de harcèlement ou d’emprise.

Nous veillons également à ce que les participant·es disposent toujours d’un moyen de communication confidentiel leur permettant d’alerter une personne de confiance.

Nos équipes sont spécifiquement formées à l’accueil de la parole des victimes ainsi qu’aux procédures administratives et judiciaires à engager lorsque la situation l’exige.

L’objectif est simple : qu’aucune personne confrontée à une violence ne reste seule.

Prévention primaire : transformer les conditions qui rendent les violences possibles

C’est sur ce troisième niveau que se joue l’essentiel.

La prévention primaire consiste à agir sur les causes structurelles qui favorisent l’apparition des violences.

Or ce niveau demeure largement absent des débats du secteur.

Les violences sexistes et sexuelles n’apparaissent pas dans le vide. Elles se développent plus facilement dans certains contextes organisationnels : rapports de domination très marqués entre adultes et enfants, hiérarchies rigides, dévalorisation de certaines personnes, absence de contre-pouvoirs, turn-over important des équipes, statuts précaires ou encore culture professionnelle centrée exclusivement sur la production d’activités.

Depuis plusieurs années, nous publions donc des analyses critiques du modèle colonial traditionnel et de ses effets.

Nous avons également développé une grille d’analyse des risques permettant d’interroger systématiquement les facteurs susceptibles de favoriser l’apparition de violences dans un accueil donné.

L’objectif n’est pas de prétendre supprimer totalement les violences. Le sexisme traverse l’ensemble de notre société et aucun séjour ne peut s’en abstraire complètement.

En revanche, il est possible d’agir sur les normes de genre, sur les modèles relationnels proposés aux jeunes, sur l’organisation du pouvoir dans les séjours, sur la valorisation de chacun·e et sur la capacité des participant·es à exprimer leurs désaccords.

La littérature scientifique et sociologique fournit aujourd’hui de nombreux outils permettant de construire des environnements plus protecteurs.

Encore faut-il accepter de remettre en question certaines habitudes.

Faire de la protection un objectif central de l'animation

Le principal obstacle à cette transformation est sans doute culturel.

Le secteur des accueils collectifs de mineurs continue souvent à considérer la prévention des violences comme un sujet périphérique, alors qu’elle devrait constituer l’une de ses missions fondamentales.

Prendre au sérieux la lutte contre les violences implique de considérer l’animation autrement.

Cela signifie consacrer davantage de temps à la compréhension des rapports humains qu’à la fabrication de décors.

Cela signifie former davantage aux violences sexistes et sexuelles qu’aux techniques d’organisation d’un grand jeu.

Cela signifie envisager l’animation non seulement comme un outil de divertissement, mais également comme un outil de care, d’émancipation et de transformation sociale.

C’est ce choix que nous avons fait.

Et c’est ce choix que nous continuerons à défendre.

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